# Maître Liu vous parle : La divulgation d'informations en Chine, un parcours d'obstacles pour les entreprises étrangères ?

Bonjour à tous, je suis Liu, avec 12 ans d'accompagnement des entreprises étrangères chez Jiaxi Fiscal et 14 ans d'expérience dans les procédures d'enregistrement. Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un sujet qui, je le sais, donne des sueurs froides à plus d'un directeur financier ou compliance officer : la portée des obligations de divulgation d'informations pour les entreprises étrangères en Chine. On ne va pas se mentir, le paysage réglementaire chinois en la matière est un véritable labyrinthe, en perpétuelle évolution. L'article « Portée des obligations de divulgation d'informations pour les entreprises étrangères en Chine » que nous analysons aujourd'hui ne fait que confirmer cette complexité. Pour l'investisseur francophone habitué à des cadres juridiques peut-être plus figés, comprendre ces obligations n'est pas une option, c'est une condition sine qua non pour opérer sereinement et durablement dans l'empire du Milieu. Le contexte est crucial : avec l'ouverture progressive des marchés financiers chinois (via le connecteur Shanghai-Londres, Shenzhen-Hong Kong, etc.) et le renforcement sans précédent des lois sur la sécurité nationale, les données, et la cybersécurité, les règles du jeu ont radicalement changé. Ce n'est plus du simple reporting administratif ; c'est désormais une question stratégique touchant à la souveraineté des données, à la transparence financière et à la conformité opérationnelle globale.

Un paysage réglementaire mouvant

La première chose à comprendre, et c'est peut-être la plus déroutante pour les nouveaux arrivants, c'est que les obligations de divulgation ne sont pas codifiées dans un seul et unique texte. Il faut plutôt les envisager comme un écosystème réglementaire en constante adaptation. À la base, vous avez bien sûr la Loi sur les sociétés et la Loi sur les entreprises à investissement étranger, qui posent des principes généraux. Mais c'est là que les choses se compliquent. Ces dernières années, une série de législations majeures sont venues superposer, et parfois même primer, sur ces cadres initiaux. Je pense notamment à la Loi sur la cybersécurité, à la Loi sur la protection des informations personnelles (PIPL), et à la Loi sur la sécurité des données. Pour une entreprise étrangère, surtout dans les secteurs TIC, finance, ou détenant des données sensibles, cette superposition crée une zone grise considérable. Un exemple concret ? Une société française de e-commerce doit non seulement divulguer ses états financiers aux autorités commerciales (AIC, devenue maintenant Administration du Marché), mais aussi déclarer la nature des données personnelles de ses clients chinois collectées, leur lieu de stockage (localisation obligatoire dans certains cas), et les mesures de protection mises en œuvre. Un oubli sur l'un de ces volets peut déclencher un contrôle inopiné, voire des sanctions. Comme je le dis souvent à mes clients, il ne s'agit plus de cocher des cases une fois par an ; il faut mettre en place une veille réglementaire active et une culture interne de la conformité permanente.

Divulgations financières : au-delà des chiffres

Beaucoup pensent que les divulgations financières se limitent aux bilans et comptes de résultats audités. En réalité, la portée est bien plus large et intrusive. Les autorités chinoises, notamment la Commission de Régulation des Valeurs Mobilières de Chine (CSRC) pour les sociétés cotées, et la State Administration of Foreign Exchange (SAFE) pour les mouvements de capitaux, exigent une transparence granulaire. Prenons le cas d'une joint-venture dans l'automobile. Elle devra non seulement fournir ses états financiers consolidés, mais aussi détailler les transactions avec ses parties liées à l'étranger (transfer pricing), justifier les flux de dividendes, et déclarer tout emprunt offshore. J'ai accompagné une PME allemande du secteur de la machine-outil qui a été surprise par une demande des autorités fiscales locales exigeant la divulgation des contrats de R&D passés avec sa maison-mère, pour vérifier la légitimité des redevances versées. Cela dépassait largement le cadre de l'audit financier classique. L'objectif des autorités est clair : lutter contre l'évasion fiscale, le blanchiment d'argent et les sorties de capitaux illicites. Pour l'entreprise étrangère, cela signifie que sa comptabilité et sa stratégie financière doivent être irréprochables et documentées, avec une traçabilité parfaite de chaque opération significative.

Les données, le nouveau nerf de la guerre

Ce volet est sans conteste celui qui a connu l'évolution la plus rapide et la plus stricte. Les lois sur la cybersécurité et les données personnelles ont créé des obligations de divulgation proactive extrêmement contraignantes. Pour les entreprises désignées comme opérateurs d'infrastructures d'information critiques (ce qui peut concerner bien plus que les seuls géants tech), les obligations sont draconiennes : localisation des données, examens de sécurité obligatoires, divulgation des algorithmes dans certains cas, et coopération avec les enquêtes des autorités. Mais même les entreprises non critiques sont concernées. La PIPL impose, par exemple, de divulguer aux individus comment leurs données sont utilisées, et d'obtenir un consentement séparé pour les transferts transfrontaliers. J'ai vu une entreprise de retail française devoir refondre entièrement son formulaire d'inscription en ligne et ses processus de gestion CRM pour se conformer à ces règles. Le plus grand défi ici est l'interprétation des textes, parfois volontairement flous. Que signifie exactement « données importantes » ? Quand une enquête de sécurité est-elle déclenchée ? En l'absence de jurisprudence abondante, nous devons souvent nous appuyer sur des lignes directrices sectorielles et des pratiques locales, ce qui demande un réseau et une expertise terrain indispensables.

Divulgations opérationnelles et sectorielles

Selon votre secteur d'activité, les obligations de divulgation peuvent prendre des formes très spécifiques et souvent méconnues. Dans le secteur pharmaceutique, par exemple, les entreprises doivent divulguer en détail les résultats des essais cliniques menés en Chine aux autorités sanitaires. Dans le secteur manufacturier, les réglementations environnementales imposent la divulgation publique des émissions polluantes et des mesures de traitement des déchets. Une de nos clientes, une société chimique belge, a dû installer des capteurs en temps réel reliés au bureau local de la protection de l'environnement et publier des rapports trimestriels détaillés. Dans le domaine de la finance, les règles sont encore plus exigeantes, avec des divulgations quasi-hebdomadaires sur les risques, les produits, et la gouvernance. Ces obligations sectorielles ne sont pas à prendre à la légère, car elles sont souvent contrôlées par des agences spécialisées aux pouvoirs d'inspection étendus. L'erreur classique est de cloisonner ces divulgations : le service financier gère le reporting financier, le service juridique la PIPL, l'usine les normes environnementales... Sans coordination centrale, les incohérences et les omissions sont inévitables. C'est un travail d'orchestre qui doit être piloté au plus haut niveau.

Les conséquences de la non-divulgation

Il est crucial de comprendre que les autorités chinoises ne considèrent plus la non-divulgation ou la divulgation erronée comme une simple faute administrative. Les sanctions peuvent être sévères et multiformes. Sur le plan financier, les amendes peuvent atteindre des pourcentages significatifs du chiffre d'affaires, notamment sous le régime de la PIPL ou de la loi sur la sécurité des données. Mais le risque va bien au-delà de l'aspect pécuniaire. Il y a le risque réputationnel : être listé comme entreprise non conforme peut nuire gravement aux relations avec les partenaires locaux, les banques et les clients. Il y a le risque opérationnel : suspension de la licence commerciale, gel des opérations, voire interdiction de collecter certaines données, ce qui peut paralyser l'activité. Dans les cas les plus graves, impliquant des questions de sécurité nationale, les responsables légaux de l'entreprise (y compris les expatriés) peuvent faire l'objet de restrictions de sortie du territoire ou de poursuites pénales. Un cas dont on a peu parlé en dehors des cercles spécialisés : une société de consulting étrangère s'est vue refuser le renouvellement de ses licences pour toute sa région Asie-Pacifique suite à des manquements répétés dans la déclaration de ses activités de due diligence, jugées sensibles. La leçon est claire : le coût de la non-conformité est désormais bien supérieur au coût de sa mise en œuvre.

Portée des obligations de divulgation d'informations pour les entreprises étrangères en Chine

Stratégies pour une conformité efficace

Face à cette complexité, que faire ? La première étape, évidente mais souvent négligée, est de réaliser un audit complet de toutes les obligations potentielles, en croisant le secteur d'activité, la localisation géographique en Chine, la nature des données traitées et la structure capitalistique. Ensuite, il faut centraliser la gouvernance de la conformité. Nommer un responsable basé en Chine, doté d'une autorité réelle et d'une ligne de reporting directe vers le siège, est devenu une nécessité. Ce responsable doit piloter un calendrier intégré de toutes les divulgations, financières, opérationnelles et liées aux données. Troisièmement, investir dans des systèmes et des outils adaptés. Des logiciels de gestion de la documentation réglementaire, de chiffrement des données et de reporting automatisé peuvent faire gagner un temps précieux et réduire les erreurs humaines. Enfin, et c'est peut-être le point le plus important, il faut cultiver une relation proactive et transparente avec les autorités compétentes. Attendre un contrôle pour entamer le dialogue est une erreur stratégique. Participer aux consultations publiques sur les projets de réglementation, solliciter des avis préalables sur des points d'interprétation, et signaler volontairement des incidents mineurs peut construire un capital de confiance inestimable. C'est une philosophie différente de celle pratiquée dans certains pays occidentaux, mais elle est payante sur le long terme dans le contexte chinois.

Perspectives d'évolution future

Regarder vers l'avenir, je suis convaincu que la tendance n'est pas à l'assouplissement, mais à la sophistication et à l'harmonisation des règles. D'une part, la Chine continuera à renforcer son cadre de souveraineté numérique, avec probablement des exigences accrues sur l'audit des algorithmes et l'utilisation de l'IA. D'autre part, sous la pression des investisseurs internationaux et pour faciliter les introductions en bourse à l'étranger (comme à la Bourse de Shanghai dans le cadre du STAR Market), les normes de divulgation financière pourraient progressivement se rapprocher des standards IFRS, créant une forme de convergence. Le vrai défi pour les entreprises étrangères sera de naviguer entre ces deux logiques parfois contradictoires : une transparence financière accrue pour attirer les capitaux, et un contrôle renforcé sur les données sensibles pour protéger la sécurité nationale. Les entreprises qui réussiront seront celles qui intègreront cette double contrainte dans leur ADN opérationnel dès aujourd'hui, et qui ne considéreront plus la conformité comme un centre de coût, mais comme un avantage concurrentiel et un gage de pérennité sur le marché chinois.

En résumé, la portée des obligations de divulgation pour les entreprises étrangères en Chine s'est considérablement élargie, passant d'un exercice comptable annuel à un impératif stratégique permanent touchant à tous les aspects de l'activité. La complexité du paysage réglementaire, marquée par l'empilement de nouvelles lois sur les données et la sécurité, exige une approche proactive, centralisée et bien informée. Les risques de non-conformité sont désormais trop élevés pour être ignorés, tant sur le plan financier qu'opérationnel. Pour les investisseurs francophones, comprendre ces enjeux n'est pas seulement une question de légalité ; c'est une clé essentielle pour évaluer la robustesse et la résilience de leurs investissements en Chine. L'ère où l'on pouvait se contenter d'une présence symbolique et d'un reporting minimaliste est révolue. L'avenir appartient aux entreprises qui embrassent cette transparence exigée et en font un pilier de leur gouvernance locale.

--- ### Perspective de Jiaxi Fiscal sur les obligations de divulgation

Chez Jiaxi Fiscal, avec notre expérience cumulative de plus d'une décennie au chevet des entreprises étrangères, nous observons que la maîtrise des obligations de divulgation est devenue le principal différentiateur entre une implantation fragile et une réussite durable en Chine. Notre perspective est que ces exigences ne constituent pas une barrière arbitraire, mais le nouveau socle de confiance sur lequel se construit la relation entre les entreprises internationales et le marché chinois. Nous conseillons à nos clients d'adopter une vision intégrée : il ne s'agit plus de gérer séparément la fiscalité, la compliance légale et la gouvernance des données, mais de les unifier dans un cadre de « conformité totale ». L'approche réactive (attendre la lettre des autorités) est obsolète. L'approche proactive, basée sur une cartographie dynamique des risques réglementaires et un dialogue constant avec les parties prenantes locales, est indispensable. Nous préconisons la mise en place d'un « poste de pilotage conformité » local, outillé et habilité, qui sert d'interface unique et fiable. Enfin, nous sommes convaincus que l'expertise ne suffit plus ; il faut une intelligence contextuelle fine, une capacité à anticiper les évolutions législatives et à décrypter les attentes implicites des différentes agences. C'est cette combinaison d'expertise technique profonde et d'intelligence terrain que nous nous efforçons d'apporter à chaque partenariat, transformant un défi réglementaire perçu comme une contrainte en un levier de crédibilité et de performance opérationnelle.